A Paris comme ailleurs, la LGBT-phobie, ça suffit !

6 novembre 2018

Parmi de si nombreux Parisiens, choqués mais déterminés, j’étais présent Place de la République à Paris le 21 octobre dernier, pour dénoncer la recrudescence des actes LGBT-phobes dans notre pays.

L’actualité récente à Paris, comme à Rouen ou à Toulouse, nous rappelle à quel point ils sont encore nombreux, et à quel point ils blessent.

Comment ne pas être indigné par les agressions de transgenres victimes de « brigades anti-trav », par ces actes d’une violence inouïe, parfois même ces assassinats ?

Comment ne pas être révolté devant les agressions LGBT, qu’elles aient lieu dans le 15ème, le 19ème arrondissement de Paris, ou encore de façon plus symbolique encore, sur la Place de la République !

Comment ne pas être choqué par la dégradation, durant les Gay Games, l’été dernier, au cœur de Paris, de la plaque en hommage à Jean Diot et Bruno Lenoir, derniers exécutés en France pour avoir été homosexuels !

N’allons surtout pas croire que ces actes sont isolés. Dans son rapport 2018, l’association SOS Homophobie indique que les violences physiques à l’égard des personnes LGBT lui ayant été signalées en 2017, sont en augmentation de 15%, et de 30% pour les seuls hommes homosexuels par rapport à 2016.

Ces violences odieuses sont inacceptables, où qu’elles soient commises. Mais comment ne pas être encore plus interloqué quand celles-ci sont perpétrées dans notre capitale ? En des temps pas si lointains dans de nombreuses régions de France, vivre sa différence était impossible, et c’est encore le cas aujourd’hui dans beaucoup de régions du monde. Pour les personnes LGBT, Paris a représenté, Paris représentait, Paris représente encore un refuge et une promesse.

Paris c’est l’espoir de vivre son identité dans un environnement bienveillant. Paris c’est la garantie de fraternité, de solidarités qui permettent d’avancer, de se construire et de se réaliser.

Les violences LGBT-phobes qui se déroulent à Paris ne sont pas seulement des délits contre des personnes : elles portent atteinte à la promesse de tolérance, de liberté et d’insouciance que porte Paris.

Devant cette situation préoccupante, nous ne devons céder en rien. Chacun, à la place qui est la sienne, avec les moyens qui sont les siens, a la responsabilité de faire vivre l’égalité et la liberté.

Nous sommes aujourd’hui confrontés au danger réel d’un terrible recul en arrière.

Mais il existe des moyens de réagir et le droit n’est pas notre seule arme : si l’égalité des droits fait progresser les mentalités, il faut aussi sans doute reprendre le combat sur les plans culturel, éducatif et civique.

L’action des pouvoirs publics est, dans ce domaine, sans faille. Le mardi 30 octobre, le Gouvernement a ainsi annoncé une série de mesures ambitieuses pour lutter contre ces violences : doublement des effectifs de la cellule « haine-discrimination » de la plateforme Pharos, instauration d’un référent LGBT dans les commissariats et groupements de Gendarmerie. A cela, il faut également ajouter l’extension du dispositif de pré-plainte en ligne aux infractions liées à la discrimination, en place depuis juillet dernier. Je salue également le fait que Marlène Schiappa soit devenue, à l’occasion du dernier remaniement, Secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre, chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.

La Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme et l’Antisémitisme (DILCRA), elle aussi placée sous l’autorité du Premier Ministre, s’est vue confier fin 2016 une mission de lutte contre les haines anti-LGBT pour devenir la DILCRAH.

Ces choix ne sont pas accessoires. Ils sont même pertinents. Comme le faisait très justement remarquer Lilian Thuram dans une interview donnée durant les Gay Games, la LGBT-phobie et le racisme reposent sur les mêmes mécanismes : la peur de l’autre, de l’altérité, de ce qui est inconnu.

La mobilisation du tissu associatif est exemplaire. Le Refuge, AIDES, SOS Homophobie ou encore STOP Homophobie (pour ne citer qu’elles), se sont emparées de longue date de ces questions. C’est grâce à leur travail remarquable que les mentalités ont pu évoluer.

Le monde économique et les entreprises ont également la responsabilité de s’inscrire dans le sillage des pouvoirs publics et du monde associatif, pour pleinement prendre part à la lutte contre les discriminations dont sont victimes les personnes LGBT.

Et pour faire converger les énergies, être plus efficaces, et enrayer la course à la violence, les territoires ont un rôle déterminant à jouer.

Pour conserver la mémoire des luttes pour l’égalité, pour signifier la fierté d’accueillir en son sein toutes les différences, Paris fait déjà beaucoup. Mais Paris doit faire plus. Car, au-delà de trottoirs colorés, d’expositions ou de rassemblements de solidarité qui ne s’adressent qu’à des convaincus, c’est à la société toute entière qu’il faut envoyer des messages.

Au-delà de l’aide indispensable aux victimes, ce sont les agresseurs qu’il faut poursuivre et sanctionner.

Au-delà de la protection due à celles et ceux qui craignent d’être victimes, c’est des agresseurs potentiels qu’il faut s’occuper. Ceux qui blessent par les mots, ceux qui restent indifférents aux conséquences des violences. Oui, c’est à ces jeunes perdus et encore baignés dans la LGBT-phobie banale des cours de récréation ou dans des préjugés véhiculés par leur univers familial, c’est à ces hommes – car oui, ce sont souvent des hommes qui agressent et qui blessent – qui se croient autorisés à insulter, voire à frapper, qu’il faut désormais s’adresser.

C’est aussi aux témoins potentiels de ces agressions que les actions de sensibilisation doivent désormais s’adresser. Car l’objectif ne doit plus être simplement de dire non à la LGBT-phobie : l’objectif doit être d’apprendre à la société à dire non à la LGBT-phobie !

La situation est grave. Nous ne pouvons plus nous contenter de l’indispensable condamnation ni rester dans la simple incantation. Que tout le monde se mette autour de la table : élus locaux et parlementaires -par-delà les différences de sensibilité politique-, associations -par-delà les rivalités ou les différences de points de vue-, représentants de la police, de la justice, de l’éducation, opérateurs de transports ou commerçants. Pour échanger, certes. Mais aussi et surtout pour agir, et pour mettre en œuvre, sur l’échelle du territoire, une vaste campagne de sensibilisation, d’information et de prévention des violences LGBT-phobe.

Témoigner ne suffit plus. Désormais, il faut agir. Ensemble.