Le Figaro – “Je suis candidat pour devenir maire de Paris”

Par Mathilde Siraud – le 02/06/2019

INTERVIEW EXCLUSIVE – Le vice-président de l’Assemblée est le cinquième élu LREM à se présenter à la candidature.

LE FIGARO. – Êtes-vous candidat aux élections municipales à Paris?

Hugues RENSON. –Je me suis tenu, pendant ces dernières semaines, à un calendrier respectueux des échéances, en consacrant toute mon énergie à la campagne européenne. Ce chapitre se referme et nous abordons désormais celui des municipales. J’ai beaucoup réfléchi, écouté, consulté. J’arpente le terrain depuis deux ans. Et après le temps indispensable de la réflexion, vient celui de la décision: oui, je suis candidat pour devenir le prochain maire de Paris, de toutes les Parisiennes et Parisiens.

Quel projet portez-vous pour la capitale?

Je suis parisien, j’ai un rapport charnel à cette ville. Mais au-delà de la fierté d’y habiter, chaque Parisien partage le même constat: la situation se dégrade en matière de propreté, de pollution, de sécurité et Paris devient financièrement inaccessible. Il ne fait plus bon y vivre. Quant aux solutions, elles se perdent dans un enchevêtrement politico-administratif incompréhensible pour les citoyens. Le premier défi est donc de réinventer la démocratie locale pour retrouver de l’efficacité dans les politiques du quotidien.

Redonner le pouvoir aux citoyens, un serpent de mer…

Nous sortons du grand débat. Le souci de proximité a été sans cesse rappelé, y compris à Paris! Saisissons-nous de la réforme territoriale annoncée par Emmanuel Macron pour clarifier, réorganiser et replacer les Parisiens au cœur de l’action. Je veux pour ma ville un big bang institutionnel. Le millefeuille parisien produit une inefficacité systémique et des conflits incessants entre mairies d’arrondissement et mairie centrale. Les citoyens sont tenus à l’écart des décisions qui les concernent. Je crois qu’il est temps de passer d’une gestion fictive par arrondissement à une gestion effective et plus démocratique par quartiers, en transférant des pouvoirs de décision aux conseils de quartier. Les mairies d’arrondissement pourraient, elles, devenir des maisons municipales citoyennes d’accès aux services publics. Redonnons aux Parisiens le pouvoir d’agir sur leur cadre de vie.

Comment agir sur le coût et la qualité de la vie?

12.000 Parisiens quittent la ville chaque année parce qu’ils n’ont plus les moyens d’y vivre ou qu’ils ne supportent plus le quotidien à Paris. Le coût du logement, c’est un quart du budget des Parisiens! Il faut certes produire de nouveaux logements, réguler les plateformes de location saisonnières, encadrer les loyers, mais la municipalité doit faire de ce sujet son obsession et peut être inventive: je propose ainsi de déduire la part du logement des revenus qui permettent de calculer les tarifs des services publics municipaux. La qualité de vie, quant à elle, s’améliorera grâce à une accélération de la transition écologique et à une adaptation des solutions à la réalité de chaque quartier: accès à des espaces publics apaisés et végétalisés, sans voitures ni trottinettes, propreté, tri des déchets, sécurité… Avec des quartiers responsabilisés, les Parisiens eux-mêmes pourront construire des solutions sur mesure. Enfin, Paris doit retrouver le goût des projets collectifs, à travers la culture et une nouvelle ambition urbanistique.

Certains poussent LREM à s’allier avec la droite…

Et d’autres poussent pour que l’on gagne Paris à gauche! Ma position est claire: nous ne gagnerons pas Paris à droite ou à gauche. Nous gagnerons en restant nous-mêmes, fidèles à notre promesse de 2017: un projet progressiste, des propositions disruptives, l’exigence du renouvellement. Bref, une autre façon de faire de la politique. Qu’aurions-nous à gagner à l’alliance avec des partis, dont certains sont à l’agonie? Pour autant, le risque de l’éparpillement existe. C’est pourquoi il nous faudra travailler avec d’autres, sur la base d’une vision partagée. Il nous faut bâtir un vaste rassemblement dont LREM serait un pilier.

Quel regard portez-vous sur le bilan d’Anne Hidalgo?

Il y a des choses positives. Mais les conditions de vie du quotidien se sont très nettement détériorées. Anne Hidalgo sait rebondir. Ce sera une adversaire très sérieuse.

«Notre marque de fabrique, c’est d’échanger et convaincre. Ce n’est pas d’enrôler par devoir»

Qu’est-ce qui vous différencie de vos concurrents macronistes?

Réinventer notre démocratie locale, apporter des solutions concrètes sur la qualité et le coût de la vie, définir de nouveaux projets collectifs, ce sont les trois défis que j’identifie pour notre ville. C’est parce que je n’ai pas entendu de réponses fortes à ces défis que j’ai décidé de me porter candidat. Avec une ambition: porter un projet qui dépasse les frontières partisanes.

Le choix du parti de laisser le soin à une CNI de trancher est une bonne méthode?

Oui, à condition d’éviter deux risques: celui de la précipitation, d’abord. Rien ne plaide pour un calendrier accéléré. Nous sortons des européennes. Nous entrons dans un temps exaltant: celui du débat, de la rencontre avec les Parisiens, pour partager nos visions, faire connaître nos personnalités. Cette étape, c’est pour nous un devoir. Et c’est pour les Parisiens un droit: ils ont le droit de savoir avant que la commission se prononce. L’autre risque, c’est celui du renoncement. Soyons vigilants à ne pas reproduire des logiques purement partisanes. Si Emmanuel Macron avait dû passer devant une commission partisane d’investiture, il ne serait pas aujourd’hui président de la République, et je serais le premier à le regretter. Notre marque de fabrique, c’est d’échanger et convaincre. Ce n’est pas d’enrôler par devoir.

Vous engagez-vous à soutenir le candidat LREM, si vous n’étiez pas choisi?

J’annonce aujourd’hui ma candidature. Je ne me situe donc pas dans cette hypothèse.