Le Figaro – «J’en appelle à la constitution d’une maison commune»

ENTRETIEN – Hugues Renson est vice-président de l’Assemblée nationale et cofondateur avec Barbara Pompili d’En Commun, courant interne à La République en marche.

Par Tristan Quinault-Maupoil

LE FIGARO. – En commun organise sa rentrée ce vendredi. Quel est votre objectif?

Hugues RENSON : La création d’En Commun répond à l’invitation faite par le président de la République de se réinventer. Sur les solidarités, l’écologie, l’autorité républicaine, la pratique démocratique, il nous reste dix-huit mois pour faire plus et mieux et pour travailler à de nouvelles perspectives. Nous réunir et nous organiser, c’est bien sûr vouloir peser sur les décisions d’aujourd’hui. Mais c’est aussi vouloir préparer demain.

L’apparition d’un courant interne à LREM, n’est-ce pas la fin du dépassement gauche-droite?

Il y a aujourd’hui dans la majorité des sensibilités différentes. Est-ce un drame? Au contraire, c’est notre raison d’être. Loin d’être un risque, cette diversité est une richesse. Avec En Commun, nous assumons de porter nos convictions, de faire entendre notre voix, de contribuer au débat. La loyauté n’interdit pas les différences de vues.

Attendez-vous des changements à la tête de LREM?

Après avoir suscité à son lancement beaucoup d’espoirs et d’enthousiasme, la situation du mouvement n’est aujourd’hui pas satisfaisante. Entre le poids écrasant de la présidentielle et le soutien légitime que l’on doit au gouvernement, le mouvement n’a pas su trouver sa place ni exercé le rôle que l’on attend d’un parti: créer un espace de débats, proposer, relayer les préoccupations de nos concitoyens dans les territoires. Nous devons aussi tirer les leçons du sévère avertissement que nous avons reçu aux municipales. Le temps est venu de réfléchir à une autre organisation de la majorité. J’en appelle à la constitution d’une maison commune dans laquelle coexisteraient ses différentes sensibilités. Plus que d’une formation unique, «absorbe tout», sans ligne directrice idéologique, nous avons besoin d’une fédération composée de forces politiques aux histoires et aux convictions différentes, mais qui convergent vers un projet de société défini ensemble.

Quel peut être le rôle d’Édouard Philippe dans ce dispositif?

Chacun connaît la valeur d’Édouard Philippe. Il l’a notamment démontrée face à la crise sanitaire. Il a naturellement vocation à participer à cette maison commune.

À l’Assemblée, les départs du groupe LREM se poursuivent. Comment la majorité doit-elle s’organiser?

La majorité est constituée de plusieurs groupes. Évitons les concurrences ou les débauchages. Pour que chacun trouve sa place, la solution passe par un inter-groupe. Je ne désespère d’ailleurs pas de travailler avec les députés du groupe Écologie démocratie solidarité (EDS). Ce n’est pas parce qu’ils sont partis qu’ils sont perdus!

Soutenez-vous un candidat à la présidence du groupe LREM?

En Commun a fait le choix de ne pas présenter de candidat. Nous ne sommes pas une écurie. En revanche, nous avons demandé aux candidats de prendre des engagements sur des sujets essentiels: le débat interne, le rééquilibrage entre l’exécutif et le législatif, et l’engagement, pour le prochain élu, de se consacrer à temps plein à sa mission.

Barbara Pompili a présenté jeudi un projet de loi visant à déroger à l’interdiction des néonicotinoïdes. N’est-ce pas un renoncement?

La responsabilité, c’est de tenir compte du réel. Cette dérogation, contrôlée et limitée dans le temps, permettra à tout un secteur d’éviter de s’effondrer. Mais nous devons tirer de cette impasse des enseignements pour l’avenir. Lorsque l’on pose une telle interdiction, il faut se donner les moyens de contraindre les services de l’État et la filière à mettre en œuvre la transformation. Sans cela, la loi n’est jamais appliquée. Par ailleurs, pour que chaque pas en avant ne puisse faire l’objet d’un retour en arrière, je suis favorable à ce que le principe de non-régression soit consacré au niveau constitutionnel.

Pourriez-vous partager des combats avec EELV?

EELV se place dans l’opposition systématique. Je le regrette. Sur certains sujets, si c’est possible, pourquoi ne pas avancer ensemble? On ne peut pas prôner le dépassement et fermer les portes.

La majorité se divise sur l’«ensauvagement» évoqué par Gérald Darmanin. Partagez-vous son analyse?

La crédibilité ne s’acquiert pas par des mots, mais par des résultats. Nous faisons face à des actes ultra-violents extrêmement choquants. Certains s’en réjouissent: l’extrême droite qui amalgame et surenchérit. Mais aussi la droite. Quand elle est à court d’idées, elle agite de manière pavlovienne le chiffon rouge de l’insécurité. Comme le rappelle le garde des Sceaux, il faut parfois savoir se taire. Quel est le bilan des années Sarkozy si ce n’est la réduction drastique des effectifs de police et la fragilisation du renseignement territorial? La droite gagnerait à faire preuve d’humilité. En matière de sécurité, je ne crois ni à la récupération, ni à la gesticulation ni au bavardage. Nos concitoyens attendent de nous une stratégie claire avec des actes forts et des résultats tangibles. À mes yeux, nous devons instaurer ce que j’appelle une «une juste autorité», reposant sur trois piliers: une politique active de sécurité dotée de nouveaux moyens, la recherche d’une plus grande acceptation des règles à travers un consentement renouvelé à l’autorité, et la réalisation effective de la promesse républicaine en matière d’éducation, d’équipements, ou d’inclusion. Après des années d’incurie, cela prendra du temps. Mais c’est indispensable.