Le Monde – « Dessinons un grand projet social pour la suite du quinquennat »

Publié le 1er mars 2019 – Propos recueillis par Alexandre Lemarié
Député La République en marche (LRM) de Paris et vice-président de l’Assemblée nationale, l’ancien chiraquien Hugues Renson exhorte le président de la République et le gouvernement à opérer un virage écologique et social. Hugues Renson, député La République en marche (LRM) de Paris et vice-président de l’Assemblée nationale, appelle l’exécutif à prendre des mesures en faveur du pouvoir d’achat et de l’écologie à l’issue du grand débat national, tout en associant davantage les corps intermédiaires. Quelles réponses l’exécutif doit-il donner à l’issue du grand débat national, dans l’espoir de clore la crise des « gilets jaunes » ? Cette crise, profonde, aura mis en lumière des colères sédimentées au fil des années : ras-lebol fiscal, accroissement des inégalités, exaspération devant l’impuissance du politique. J’ai la conviction que la France peut en sortir renforcée si de grandes décisions sont prises pour transformer le pays. Le grand débat est une réussite. Mais il ne devra pas se limiter à un simple exercice de thérapie collective. Il appelle une réponse politique et devra déboucher sur des réformes nouvelles. Il faut donner un nouvel élan au pays. Quelles mesures fiscales préconisez-vous ? Remettons à plat l’ensemble de notre architecture fiscale, en faisant la revue des 350 impôts et taxes existants, pour rendre notre système plus simple, plus progressif et moins inégalitaire. Cela passe à mon sens par une fusion de la contribution sociale généralisée (CSG) et de l’impôt sur le revenu, pour créer un prélèvement plus progressif. Je suis également pour une TVA à taux réduit sur les produits de première nécessité, et pour poursuivre le toilettage des niches fiscales. Il convient aussi d’accentuer la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, et de mieux taxer les grandes multinationales. Faut-il un nouvel effort en termes de pouvoir d’achat, après les 10 milliards d’euros décidés par Emmanuel Macron en décembre 2018 ? Sur le pouvoir d’achat, le chef de l’Etat a déjà apporté une réponse forte, qui était indispensable. Comment faire davantage ? En développant l’intéressement et la participation des salariés, comme c’est prévu dans la loi Pacte, ou en aidant les ménages à maîtriser leurs dépenses. Il existe aujourd’hui des pratiques commerciales semblables à des pièges à retardement, comme les offres de lancement, qui engagent les familles dans des spirales de dépenses incontrôlées. Parlons de la vie quotidienne des Français plutôt que de tableaux Excel mis en forme à Bercy ! En matière d’environnement, êtes-vous favorable à un retour de la taxe carbone ? Le dérèglement climatique n’est plus une menace, c’est une réalité. Face à ce défi majeur, il convient de changer d’échelle. Nous devons amplifier notre effort et sortir des déclarations d’intention. Ne pas agir, c’est être complice d’une catastrophe annoncée pour l’humanité. Il faut taxer la pollution, sans que cela pèse sur les plus fragiles ou les plus isolés, en mettant en place un véritable accompagnement. L’intégralité des recettes créées doit, en outre, être entièrement reversée en faveur de la transition écologique. Repensons notre modèle, en faisant de l’écologie non pas une contrainte mais une opportunité. « Dans une démocratie sociale, il n’est ni bon ni sain de vouloir décider tout seul ou d’être dans un face-à-face avec les opinions » Et en matière de démocratie ? La crise des « gilets jaunes » et le succès du grand débat montrent que les Français veulent davantage contribuer à la vie du pays. Entre la démocratie représentative et la démocratie directe, il y a la démocratie participative, dont Ségolène Royal avait perçu la nécessité dès 2007. La démocratie ne peut se résumer aux périodes électorales. Je propose que l’on institutionnalise la tenue de débats, de manière régulière, en prévoyant l’organisation de délibérations citoyennes tous les deux ans sur des sujets d’actualité. Par ailleurs, plutôt que de mettre en place un référendum d’initiative citoyenne, nous pourrions abaisser les seuils du référendum d’initiative partagée et développer les référendums locaux. Appelez-vous à un tournant social pour l’acte 2 du quinquennat ? Je ne crois pas qu’il faille infléchir mais plutôt enrichir la politique menée, et envisager un printemps fécond dans le domaine social. La question sociale est absolument centrale dans le pays. Alors que le chômage baisse, les inégalités et le sentiment d’injustice se creusent. Dessinons un grand projet social pour la suite du quinquennat, avec une nouvelle méthode associant davantage les corps intermédiaires, au sens large : syndicats, élus locaux, associations, médias… Dans une démocratie sociale, il n’est ni bon ni sain de vouloir décider tout seul ou d’être dans un face-à-face avec les opinions. Jugez-vous que le président Macron a tourné le dos à certaines promesses du candidat Macron ? Ni courtisan ni frondeur, je suis pleinement attaché à la promesse initiale du candidat Macron, celle de faire de la politique différemment et de porter un projet progressiste. Depuis un an et demi, nous avons beaucoup agi dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, du social, à un rythme inégalé. Soyons en fiers. Mais nous devons reconnaître avec humilité que nous n’avons pas tout réussi. Les attentes restent fortes en termes de résultats. Et nous avons fait des erreurs : la baisse aveugle et mécanique des aides personnalisées au logement (APL) était une facilité technocratique. L’augmentation de la taxe carbone sans dispositif d’accompagnement des classes moyennes était inappropriée. L’effort demandé aux retraités, à travers l’augmentation de la CSG et la désindexation des retraites, leur a fait également supporter un poids exagéré. Loi anti-casseurs, quotas d’immigration, contreparties aux aides sociales… Ces marqueurs traduisent-ils une droitisation de l’exécutif ? Nous devons veiller en permanence à l’équilibre fragile du « en même temps » : il ne peut pas s’agir de godille, avec un coup à droite puis à gauche. « En même temps », cela ne signifie pas « l’un puis l’autre ». D’où la nécessité de théoriser le progressisme, dont se réclame LRM, en définissant une doctrine claire. Cela suppose de faire à la fois efficacité économique et justice sociale, création de richesses et répartition, défense de l’environnement et préservation du pouvoir d’achat des plus modestes. Pour ma part, j’assume de porter mes convictions, avec ma sensibilité humaniste, sociale et écologique. Serez-vous candidat aux municipales à Paris ? Paris est ma ville depuis toujours. Je suis passionnément et viscéralement parisien. Il y a deux manières d’aborder ce scrutin : soit de manière classique, chaque parti élaborant sa stratégie et sélectionnant son candidat, avec le risque de l’entre-soi étriqué dans des frontières partisanes. Soit, ce que je préconise, en associant autour d’un projet des bonnes volontés et des compétences d’où qu’elles viennent, dès lors qu’elles convergent dans une même direction, en regardant ensuite quel peut être celui ou celle qui a vocation à rassembler une majorité pour agir. Paris ne se gagnera pas par un parti politique. S’il s’agit de savoir qui peut travailler à un large rassemblement progressiste pour former une majorité, dont LRM serait un pivot, je pense avoir une légitimité. C’est le sens de la démarche exploratoire que j’ai lancée il y a quelques mois et qui prend désormais une dimension nouvelle, avec la mise en ligne d’une plate-forme « Et si… Paris ? » Benjamin Griveaux n’est donc pas le candidat naturel ? Je n’ai pas compris, à ce stade, qu’il était candidat.

Crédit photo : Ludovic CAREME pour Le Monde

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