LE MONDE [Tribune] – En fidélité

Mercredi 9 octobre 2019

Dans une tribune au « Monde », Hugues Renson (LRM), vice-président de l’Assemblée nationale, rappelle que « notre pays et le monde ont rendu à Jacques Chirac un hommage à la hauteur de ce que nous devions à sa mémoire et à son action ».

Tribune. L’émotion qui a saisi la France à l’annonce de la disparition du président Chirac, l’hommage auquel se sont joints citoyens et chefs d’Etat, acteurs nationaux et internationaux, au-delà des convictions politiques, des croyances, des frontières ou des cultures, nous en disent beaucoup sur ce que ressentent les Français, sur ce qu’est la France, sur le monde d’aujourd’hui également.

De nombreux Français ont ressenti une immense tristesse. L’homme était attachant et profondément humain – dans la chaleur communicative de sa vie publique, comme dans l’intimité de ses jardins secrets. Pour beaucoup aussi, sans doute, le temps du recueillement a fait surgir une forme de mélancolie, mêlant mémoire collective et souvenirs privés.

Pour moi, il y a d’abord un profond chagrin. Jacques Chirac était un repère, présent aux moments essentiels de ma vie professionnelle, politique et personnelle. Je le respectais, je l’admirais et j’ai, en l’accompagnant dans son exercice du pouvoir puis dans son action politique après l’Elysée, appris à l’aimer aussi.

Mais, au-delà de ce kaléidoscope d’émotions, subsiste ce qui me paraît probablement le plus important : entré dans l’histoire et confié à l’éternité, Jacques Chirac nous laisse un message qui demeure d’une brûlante actualité.

Visionnaire, il avait perçu les menaces qui pèsent sur l’humanité

Le respect et la gratitude exprimés par tant de Français, par-delà leurs convictions partisanes, et quels qu’aient été leurs jugements sur l’action politique de Jacques Chirac, se fondent, j’en ai la conviction, sur la conscience d’une vision singulière – j’allais dire d’une forme élevée de sagesse.

Sa vision, Jacques Chirac l’a exposée dans de nombreux discours aussi forts qu’entendus. Il l’aura portée au fil de ses mandats. Il l’aura perpétuée au travers d’une fondation prolongeant son action publique. Il l’aura forgée par une vie : une vie politique d’une richesse exceptionnelle, qui l’avait amené à tisser un lien unique avec notre pays et ses territoires, à acquérir une connaissance profonde du monde et de ses acteurs, à entretenir une conscience rare de l’apport des cultures et de l’histoire.

Visionnaire, il avait perçu les menaces qui pèsent sur l’humanité. Les valeurs qui l’inspiraient et qu’il a voulu nous transmettre s’inscrivent dans les racines et le destin de notre pays.
Paix et respect du droit international, développement durable et écologie, dialogue de toutes les cultures, tolérance et respect de l’autre, cohésion sociale et nationale, attention aux plus fragiles : qui pourrait nier que ce sont là les combats de notre temps ?

Volonté d’écoute permanente des Français, conscience des risques inhérents au pouvoir, ceux de l’enfermement dans des certitudes technocratiques et des attitudes autocratiques, audace et volontarisme assumés, autant que prudence et temps de la concertation revendiqués, dignité dans l’exercice de sa fonction, souci permanent de faire vivre les sensibilités : qui ne perçoit pas la modernité de la méthode ?

Agir, désormais, en fidélité à son message

S’il est un sentiment dont Jacques Chirac était éloigné, c’est bien celui de la nostalgie. J’ai pu le constater à ses côtés, notamment dans sa vie après l’Elysée : Chirac ne regardait jamais en arrière. Toujours, il se projetait. Convaincu qu’il fallait, en toutes circonstances, avancer.

Avancer, c’est agir. Agir, désormais, en fidélité à son message si contemporain pour aborder les enjeux auxquels notre pays et le monde sont confrontés.

Agir en fidélité pour continuer à développer le multilatéralisme dans les relations internationales, mettre en œuvre des outils de financement innovants pour le développement et de lutte contre les pandémies alors que les catastrophes sanitaires ravagent le Sud tandis que les médicaments demeurent au Nord.
Agir en fidélité pour bâtir une Europe puissance, indépendante, une Europe qui protège et refuse les replis nationalistes.

Agir en fidélité en redoublant d’exigence dans la prise en compte de la situation des plus vulnérables, dans la construction d’une société inclusive où chacun trouve sa place, quelle que soit sa condition d’âge, de genre, de religion, d’origine, quels que soient sa maladie ou son handicap.

Agir en fidélité, en nouant un lien renouvelé aux territoires, à notre terre, aux identités locales, en accompagnant les mutations de l’agriculture et en luttant contre la fracture territoriale qui mine l’unité nationale.

Agir en fidélité, pour et avec une jeunesse consciente de l’urgence, afin de bâtir un nouveau modèle pour que le monde n’épuise pas ses ressources, de lutter contre les dérèglements climatiques, de reconquérir la biodiversité.

Notre pays et le monde ont rendu à Jacques Chirac un hommage à la hauteur de ce que nous devions à sa mémoire et à son action. Désormais, dans un monde de tourments, dans une société qui doute, il nous faut faire vivre le message de Jacques Chirac.

D’où que je sois, monsieur le président, je ferai vivre ce message. En action. Et en fidélité.

Hugues Renson (Député de Paris (LRM) vice président de l’Assemblée nationale)

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