Le Monde – Hugues Renson et Gaspard Gantzer : « Il convient de changer le mode de gouvernance de Paris »

Tribune. publiée le mercredi 24 avril

Privilégier la consultation des habitants, réformer l’administration municipale, rassembler au-delà des clivages… des grands axes d’action que défendent, dans une tribune au « Monde », le député LRM, qui envisage de se présenter à la mairie, et l’ancien conseiller de François Hollande, candidat déclaré.

Nos histoires politiques, nos engagements, nos tempéraments font que nous sommes différents. Mais notre connaissance de Paris, notre attachement à notre ville et notre diagnostic des risques qui menacent notre capitale convergent.

Cette convergence ne signifie pas que nous porterons les mêmes solutions, les mêmes propositions, les mêmes stratégies. Mais, alors que va s’ouvrir à l’occasion des élections municipales un débat citoyen important pour l’avenir de Paris, nous nous retrouvons avec une conviction, qu’il nous paraît important de partager avec les Parisiens : il conviendra, le moment venu, de changer le mode de gouvernance de Paris.

« Changer la gouvernance de Paris, c’est privilégier le dialogue et la concertation plutôt que décider seul »

Exaspérés par l’enchevêtrement politico-administratif qui dilue les responsabilités et crée des situations de tension, voire d’affrontement, entre les différents acteurs, les Parisiens savent que c’est en changeant la culture et la pratique politiques dans notre ville que nous parviendrons à leur apporter des réponses concrètes et efficaces.

Changer la gouvernance de Paris, c’est privilégier le dialogue et la concertation plutôt que décider seul. Sur les questions du quotidien des habitants, le maire de Paris ne peut agir unilatéralement : améliorer la propreté et la sécurité, mettre en place une police municipale, cela passe par une confiance retrouvée avec les mairies d’arrondissement. Accueillir les migrants avec humanité dans les meilleures conditions et préserver la qualité de vie des riverains des points de rassemblement actuels, cela suppose la fin de la bataille délétère et stérile entre la ville et l’Etat. Améliorer la circulation et développer les transports collectifs, cela nécessite de renouer le fil du dialogue avec la région. Rendre l’air plus respirable, agir contre les pollutions, cela impose de coopérer avec les communes de la métropole parisienne et les départements d’Ile-de-France.

Changer la gouvernance de Paris, c’est associer les citoyens aux décisions prises tout au long du mandat. Il est souhaitable de les interroger par référendum sur les grands projets qui engagent leur avenir. Il est indispensable de revenir aux comptes rendus de mandat, abandonnés depuis 2014, le maire de Paris devant se rendre chaque année dans tous les arrondissements, les maires d’arrondissement se rendant quant à eux dans chaque quartier. Tous rendront des comptes, en toute transparence.

Réponses apportées ni justes ni suffisantes

Changer la gouvernance de Paris, c’est également faire du coût de la vie un sujet central et transversal de l’action municipale. Il s’agit du principal problème de l’évolution de notre ville, qui perd sa diversité et ses habitants. En cinq ans, Paris a ainsi perdu plus de 60 000 résidents ! La municipalité doit trouver des réponses audacieuses pour améliorer la sécurité, la propreté et la mobilité dans notre ville. Dans la politique tarifaire des services publics, les réponses apportées jusqu’à présent ne sont ni justes ni suffisantes.

La politique du logement – qui constitue le premier poste budgétaire des familles, dans des proportions exorbitantes par rapport aux autres villes françaises – est marquée par une approche peu innovante. Or, on peut agir en faveur du logement social sans mener une politique de trompe-l’œil qui consiste non pas à construire de nouveaux logements, mais à en transformer, aux dépens de la classe moyenne, contrainte de quitter la ville. Les initiatives privées ou citoyennes qui concourent à la baisse du coût de la vie sont encore trop largement ignorées.

Changer la gouvernance de Paris, c’est aussi mener dans les années à venir une réforme profonde de l’administration municipale, et mettre fin à une forme de dérive budgétaire. L’administration municipale parisienne a un coût : plus de 2 milliards d’euros chaque année, pour assurer la rémunération de plus de 52 000 agents. Des agents dont le professionnalisme est reconnu, dont on perçoit l’engagement lorsque Paris est attaquée ou dégradée, qui œuvrent dans les services de proximité, et dont les missions doivent continuer à être reconnues et valorisées.

Mais le pilotage de l’administration par un exécutif municipal et des cabinets pléthoriques prête à interrogation, tant les déconvenues juridiques de ces dernières années ont produit de situations préjudiciables à la vie quotidienne des Parisiens. En témoignent la gestion du dossier du nouveau Vélib’, le contrat d’affichage publicitaire et de mobilier urbain, la défaite devant le tribunal administratif dans le conflit engagé avec Airbnb ou encore les péripéties juridiques relatives à la piétonisation des quais.

Posons donc, sans a priori, la question de la qualité du service rendu aux Parisiens au regard de son coût. Et ce d’autant que l’évolution des finances municipales inquiète : la dette atteint 7 milliards d’euros, et les évolutions du poids des annuités de son remboursement, à partir de 2021, laissent entrevoir un « effet ciseaux » particulièrement périlleux à gérer.

« L’enfermement dans des logiques partisanes, où chacun pense avoir raison contre les autres, a conduit cette ville que nous aimons tant à des impasses »

Si, au-delà de nos parcours ou de nos responsabilités, nous partageons un diagnostic, c’est bien qu’il est indispensable de porter un nouveau mode de gouvernance pour Paris, au service des Parisiens.

Au fil des mandats successifs, la gauche a succédé à la droite, le personnel politique a été renouvelé, des politiques publiques – souvent justifiées – ont été menées. Mais l’enfermement dans des logiques partisanes, où chacun pense avoir raison contre les autres, a conduit cette ville que nous aimons tant à des impasses, dont nous ne sortirons pas en remplaçant une gestion partisane par une autre. Pour améliorer la vie quotidienne, pour transformer notre ville, pour construire Paris en grand, au-delà du périphérique, il nous faudra mobiliser tous les acteurs de la cité et opérer un rassemblement large.

Ce temps n’est pas venu, et, chacun avec notre sensibilité, notre style, nos engagements, nous progressons dans notre réflexion et notre action. Nous avançons, chacun dans notre couloir, chacun selon son rythme, chacun porteur de valeurs et de visions propres. Mais il est trois convictions qui nous rassemblent : la première est qu’il faut changer la gouvernance de Paris, la deuxième est que seule une recomposition profonde de la vie politique parisienne permettra d’y parvenir, la troisième, c’est que ce sont les citoyens qui reprendront le pouvoir.
Car seuls les Parisiens sont maîtres de leur destin.

Hugues Renson est vice-président de l’Assemblée nationale et député La République en marche de la 13e circonscription de Paris.
Gaspard Gantzer est le fondateur du mouvement Parisiennes, Parisiens. De 2014 à 2017, il a été le conseiller chargé de la communication de François Hollande à l’Elysée.

 

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