Le Point – Hugues Renson : « La propreté s’est dégradée partout »

Interview Le Point – jeudi 20 septembre 2018

Hugues Renson : « La propreté s’est dégradée partout »

Hugues Renson. Député (LREM) dans la treizième circonscription de Paris, vice-président de l’Assemblée nationale.

Le Point : Dans une tribune publiée début septembre, vous écriviez qu’il faut « remettre la propreté et la sécurité au cœur des priorités ». Trouvez-vous que Paris soit sale ? 

Hugues Renson : Moi qui ai toujours vécu à Paris, je peux en témoigner ! Oui, la propreté s’est dégradée, et partout. Cela nuit à la qualité de vie des Parisiens et donne une image altérée de notre ville à ceux qui la visitent. Le paradoxe, c’est que ce sont souvent les aménagements les plus récents qui paraissent les plus dégradés. Voyez la place de la République ! Il faudra évidemment consacrer de nouveaux moyens à la propreté. Mais je le dis clairement : la propreté, c’est aussi l’affaire de tous. Le World Clean Up Day, qui s’est déroulé le week-end dernier, a été un bel exemple de la contribution de chacun.

Anne Hidalgo rejette la faute du fiasco de Vélib’ et de l’échec d’Autolib’ sur les gestionnaires. Quelle réaction cela vous inspire ? 

Gouverner, c’est assumer. Vélib’ et Autolib’ étaient des solutions innovantes de mobilité propre et partagée. Les Parisiens les ont très vite adoptées. Et leur succès a fait la fierté de Paris. Le fiasco auquel nous assistons est donc tout simplement incompréhensible. Et on ne peut pas balayer cela d’un revers de la main, en se défaussant. Les Parisiens qui pâtissent de mauvais choix de gestion se moquent de savoir dans quels bureaux se trouvent les responsables de ces dysfonctionnements. Ils veulent que cela marche, et c’est au politique de le garantir. L’urgence, c’est désormais de trouver des solutions satisfaisantes pour remplacer Autolib’ et pour rendre Vélib’ à nouveau pleinement opérationnel. C’est ce que les Parisiens attendent.

Comment lutter contre l’insécurité à Paris ? 

Sur la sécurité, il y a d’un côté du déni et de l’autre des dogmes. Il est temps d’en sortir, de faire travailler tout le monde ensemble. Mettons fin aux conflits de structure ou de territoire ! Pour ma part, je suis favorable à l’instauration d’une police municipale. Il faudra aussi réfléchir à l’extension de la police de sécurité du quotidien, expérimentée à partir de 2019 dans le quartier de la Chapelle.

Pourquoi, selon vous, tant de gens ont-ils envie de quitter Paris aujourd’hui ? 

Paris, c’est une promesse : celle de vivre en grand, mais aussi de vivre bien. Mais quand le coût de la vie devient démesuré et que la qualité de vie se dégrade, quand gérer les difficultés du quotidien ne permet plus de profiter de la vie parisienne, alors cet équilibre qui fait l’identité de Paris est rompu et les gens s’en vont. Ce sera l’un des défis majeurs à relever.

Benjamin Griveaux avance vers sa candidature. Comment celui ou celle qui portera les couleurs de LREM sera-t-il désigné ? Y aura-t-il une primaire ? 

Je l’ai dit, je le répète et je le répéterai inlassablement : le temps de la campagne municipale n’est pas venu ! Se positionner aujourd’hui sur cette question, ce serait enjamber l’échéance des européennes, alors qu’elle est décisive. Et ce serait mettre de côté la question du projet, alors que c’est la seule qui compte : qu’avons-nous à proposer aux Parisiens pour faire différemment, plus et mieux que l’actuelle majorité ? Quant au mode de désignation de celle ou de celui qui incarnera ce combat, le mouvement fixera le moment venu les règles, nécessairement transparentes. Mais chacun en conviendra : la mécanique des primaires n’est pas toujours une garantie de succès.

Anne Hidalgo a fait de sa lutte contre la pollution l’enjeu majeur de son mandat, est-ce la priorité ? 

L’avenir de Paris est conditionné par trois enjeux, éminemment liés, que nous devons traiter ensemble : l’enjeu environnemental, d’abord. Et s’il y a un combat qui doit dépasser les clivages partisans, c’est bien celui-là. Nous devons tout faire pour adapter Paris aux effets déjà perceptibles des bouleversements climatiques et réduire toutes les pollutions. Mais les enjeux économiques et sociaux sont aussi vitaux : comment saisir les opportunités d’une révolution numérique qui ne fait que commencer. Et donner à chacun les moyens de trouver sa place à Paris, en refaisant de Paris une ville des diversités.

La piétonnisation des voies sur berges est-elle une bonne idée ? 

Cette décision va dans le bon sens. Personne ne reviendra dessus. Mais il faudra tirer les leçons de sa mise en œuvre. Quand on ne prend pas assez de temps pour consulter, on s’expose à des contestations et des recours coûteux pour la ville. Interrogeons-nous aussi sur les effets réels de la mesure ! On a gagné en espaces de loisirs et en qualité de vie sans aucun doute. Mais les effets sur la circulation et la pollution sont limités. Il faut donc aussi développer l’offre de transports en commun et alternatif§ PROPOS RECUEILLIS PAR L. D.

EREZ LICHTFELD/SIPA