Libération – Hugues Renson « Si l’on organise LREM comme un parti à l’ancienne, on disparaîtra »

Interview Libération Par Laure Equy — 

A l’occasion de la sortie de son livre « le Refus de la parenthèse », le vice-président de l’Assemblée Hugues Renson fait le bilan du macronisme dix-huit mois après l’arrivée au pouvoir du chef de l’Etat.

Député La République en marche de Paris et vice-président de l’Assemblée nationale, Hugues Renson publie ce jeudi le Refus de la parenthèse (éd. Débats publics). Il appelle son mouvement à « se doter d’une idéologie capable de donner corps au progressisme ».

 

Libération : N’être qu’une «parenthèse», c’est un risque pour LREM ?

Hugues Renson : L’élection de 2017, en portant au pouvoir un homme de 39 ans, en permettant la recomposition du paysage politique et un profond renouvellement, a été exceptionnelle. Certains ont parlé d’alignement des planètes, de coup de dés. Pour eux, nous ne serions qu’une parenthèse. Pragmatiques, nous ferions une politique issue tantôt de la droite tantôt de la gauche, avec l’efficacité pour seule boussole, avant de repartir chacun vers là d’où l’on vient. C’est un risque mais je m’y refuse. La vie politique a basculé et il nous faut figer cette recomposition. Nous portons un projet de société, progressiste, une «troisième voie» à la française. On doit mieux le définir, réfléchir à ce que nous sommes et à nos valeurs, sur le temps long.

Libération : Dix-huit mois après votre élection, il serait temps…

Hugues Renson : Ce parti s’est construit de manière atypique : habituellement, on se réunit autour d’un corpus idéologique, puis on se présente aux élections. Nous avons fait l’inverse : la méthode a précédé la vision. On a gagné avec une méthode : partir du réel sans s’enfermer dans des carcans. Mais aujourd’hui, la question de l’idéologie est indispensable. Au rythme où l’on va, notre programme sera vite mis en œuvre, on doit établir ce qui nous unit dans l’après.

Libération : LREM se voulait au départ un mouvement «horizontal». Qu’en reste-t-il à l’épreuve du pouvoir ?

Hugues Renson : Le cadre de la Ve République impose, de fait, une verticalité dans l’exercice du pouvoir. L’équation est compliquée à résoudre mais nous serons jugés au moins autant sur nos résultats économiques et sociaux que sur notre pratique du pouvoir. Si l’on s’organise comme un parti à l’ancienne, on disparaîtra. LREM ne doit pas seulement assurer le service après-vente des réformes. Il doit continuer à faire émerger des idées et de nouvelles têtes. Il ne faut pas perdre le fil, on doit tenir cette promesse de faire de la politique autrement.

Libération : Avez-vous «perdu le fil» ?

Hugues Renson : Non, on tient un cap, on doit être fiers de ce qu’on fait. Les Français nous savent gré de beaucoup travailler et de faire ce qu’on avait annoncé mais il y a une interrogation sur le sens, la finalité. Il faut expliquer notre projet de société pour rendre nos réformes lisibles et acceptables.

Libération : A travers le mouvement des «gilets jaunes», le reproche qui vous est adressé n’est-il pas de vous être coupé du quotidien d’une partie des Français ?

Hugues Renson : Ce mouvement hétéroclite, sans mot d’ordre précis, est compliqué à analyser. La fiscalité écologique est un vecteur qui coagule d’autres revendications. Le ras-le-bol fiscal, l’inquiétude des classes moyennes, le sentiment d’abandon de certains territoires, ne sont pas le fait de notre politique mais résultent d’une lente dégradation. Le mécontentement est aussi lié à la non-perception de notre vision. Beaucoup nous disent : «Oui, vous réformez mais où cela nous mène ?» Si l’on augmente les taxes sur le carburant sans expliquer la finalité, une incompréhension peut naître. Pour embarquer tout le monde, on doit affirmer où l’on va. On ne peut pas transiger sur la transition écologique mais elle est indissociable d’une exigence de justice sociale. Trouvons collectivement les solutions adaptées pour que, dans vingt ans, il n’y ait plus de véhicules polluants.

Libération : Pierre Person ayant retiré sa candidature à la tête de LREM, Stanislas Guérini est assuré de l’emporter. Le mouvement a-t-il du mal avec cet exercice de démocratie interne ?

Hugues Renson : Pierre a pris une décision responsable, difficile et courageuse que je salue. Il était tout à fait légitime. Je crois qu’un mouvement politique moderne doit pouvoir appréhender une élection interne de manière sereine, apaisée, sans crainte. Le débat est inhérent à la démocratie.

Libération : Comment le futur directeur général de LREM doit-il s’y prendre pour bâtir ce corpus idéologique ?

Hugues Renson : Ce n’est pas aux «sachants» ou aux parlementaires d’imposer une doxa. L’identification de ce corpus doit être très participative, élaborée par les adhérents, les citoyens intéressés par la démarche. C’est un processus long, réflexif, avec des ateliers réguliers confiés aux comités locaux.

Libération : Vous pointez le risque de faire des scrutins locaux «une opération de recyclage» de sortants. Comment doivent être accordées les investitures ?

Hugues Renson : Ces élections sont l’occasion de faire participer des citoyens aux enjeux locaux. Si l’on voit dans les municipales une simple conquête de territoires, comme le font les vieux partis, on échouera. On peut discuter avec d’autres formations, mais investir des élus en place depuis longtemps et qui n’ont, jusqu’alors, pas adhéré à notre démarche ne me semble pas conforme à notre promesse de renouvellement.

Libération : Dans votre livre, vous portez un regard plutôt positif sur le bilan d’Anne Hidalgo à Paris…

Hugues Renson : Le temps des municipales n’est pas venu, ni celui du bilan. Mais je ne serai jamais dans l’opposition stérile et systématique. Sur des marqueurs comme la lutte contre la pollution, le sort des réfugiés, la démocratie participative, il y a des éléments auxquels je ne peux m’opposer car ils vont dans le bon sens.

Libération : Plusieurs personnalités LREM ont fait part de leurs ambitions pour Paris en 2020. Et vous ?

Hugues Renson : Je suis député de Paris, vice-président de l’Assemblée. Les Français veulent que l’on se consacre à nos responsabilités, pas que l’on parte immédiatement dans d’autres combats. Et une candidature sans projet n’aurait aucun sens.

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