Toutes les ambitions sont prêtées à l’élu de paris – L’opinion (Entretien)

Toutes les ambitions sont prêtées à l’élu de paris. Vice-président de l’Assemblée, il présente un profil atypique au sein de LaRem

Hugues Renson, le macroniste ascendant Chirac qui monte

Ambitions

Hugues Renson a le même âge qu’Emmanuel Macron. Ancien conseiller de Jacques Chirac passé par EDF, il est devenu pour la première fois député de Paris en juin dernier. Il est aussi l’un des six vice-présidents de l’Assemblée nationale.

IL A PEUR DE PARAÎTRE prétentieux ou ambitieux, ou les deux. Hugues Renson voit depuis plusieurs jours son nom cité dans la presse et toutes les intentions lui sont prêtées : devenir président du groupe à la place de Richard Ferrand, être le candidat de La République en marche pour les municipales à Paris en 2020 ou, et de façon plus insistante, intégrer le gouvernement lors du prochain remaniement.

« C’est quand même bizarre ce name dropping », soupire le député de Paris dans son vaste bureau de vice-président de l’Assemblée nationale.

Si son nom revient régulièrement, c’est d’abord parce qu’il présente un profil assez rare au sein d’un groupe pléthorique de 313 députés LREM. Les députés les plus politiques ont la trentaine à peine. Et, pour beaucoup, ils sont passés par les rangs socialistes. A 39 ans, Hugues Renson a cette originalité de présenter une expérience politique dans les réseaux chiraquiens tout en étant une « nouvelle gueule » auprès du grand public, comme il le dit lui-même. Les rumeurs sur son compte persistent aussi parce que le principal intéressé ne les dément pas. « Je suis un bon petit soldat, j’irai là où Macron me dit d’aller », assume-t-il.

Au Palais Bourbon, Hugues Renson s’est rapidement fait un nom. Tous ceux qui l’ont croisé lui accolent le même adjectif : l’homme est « sympathique ». « Hugues Renson est politique, dans le sens où il a de l’empathie, un côté débonnaire et convivial. Il essaie de donner une bonne image de lui », décrit un élu parisien. En quatre mois, le député a trouvé ses relais au sein du noyau dur de la macronie, parmi lesquels la conseillère parlementaire d’Emmanuel Macron, Rebecca Peres, le conseiller politique du Président, Stéphane Séjourné, et sa plume, Sylvain Fort.

 Je voyais Chirac comme mon fils regarde Zlatan aujourd’hui 

« Barbichu ». Sa vie d’avant, elle s’est d’abord faite dans l’ombre de la droite française.

Cette filiation s’est nouée quand il avait huit ans, à la suite du décès soudain de son père. Après ce drame, il se prend de passion pour la politique. Et écrit une lettre de soutien à Jacques Chirac en pleine campagne pour les législatives de 1986. « Je voyais Chirac comme mon fils regarde Zlatan aujourd’hui », lance Hugues Renson, père de trois enfants.

Son stage auprès du groupe RPR pendant ses études à Sciences Po, alors présidé par le député de l’Eure Jean-Louis Debré, confirme son appétence pour la chose politique. « Il est fidèle en amitié et toujours présent. C’est un garçon joyeux et intelligent, qui a les moyens de ses ambitions », retient Debré, qui deviendra ensuite président du Conseil constitutionnel.

Cette plongée furtive à l’Assemblée nationale lui ouvrira les portes du QG de Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 2002. Affecté à la cellule projet, il est chargé de développer des argumentaires et répondre aux courriers. Un poste de « petite main » qui a l’avantage de lui donner un accès aux premières loges de la réélection de son mentor.

Après la victoire, Hugues Renson intègre le cabinet de Christian Jacob, ministre délégué à la Famille, au poste de conseiller à la vie associative.

Le ministre chiraquien le fait ensuite rentrer à l’Elysée. À 25 ans, Hugues Renson travaille ainsi dans l’ombre du chef de l’Etat (2003-2007). L’actuel président du groupe LR garde de bons rapports avec le député : « Son choix politique m’a beaucoup agacé. Mais les élections sont passées. Je lui reconnais des qualités humaines. »

Une autre vie démarre le 22 mai 2007, au 119 rue de Lille, dans le VIIe arrondissement de Paris. Au côté de Frédéric Salat-Barroux, ancien secrétaire général de l’Elysée et gendre de Jacques Chirac, il accompagne l’ancien Président dans sa nouvelle vie, entre le Conseil constitutionnel, l’écriture de ses mémoires et les conférences à l’étranger. Certes, Hugues Renson n’est plus au cœur du réacteur politique mais il côtoie les plus grands de ce monde, de Pékin à Doha. Il met en place la Fondation Jacques-Chirac. L’ancien chef de l’Etat surnomme alors son jeune conseiller «Barbichu», comme le raconte Arnaud Ardoin dans Président, la nuit vient de tomber (Cherche midi), en référence à cette barbe poivre et sel qui recouvre encore aujourd’hui une partie de son visage. « Je dois tout ce que je suis aujourd’hui à cette période-là », considère Hugues Renson.

Cinq années durant lesquelles il regarde de loin le quinquennat Sarkozy et acte son désaccord idéologique avec cette droite qui s’éloigne de son idéal. L’ancien Président s’affaiblit et son conseiller va s’occuper d’une autre fondation, celle d’EDF, qui finance des projets d’intérêt général. Aux municipales parisiennes de 2014, il votera pour la socialiste Anne Hidalgo, qu’il qualifie d’«amie ».

Le portrait d’une femme en noir et blanc, barré du slogan « Le savoir c’est le pouvoir », trône sur l’un des grands murs de son bureau de vice-président de l’Assemblée nationale

« Pseudo-nouveauté ». Emmanuel Macron, il ne le connaissait pas. À peine les deux hommes s’étaient-ils croisés à la fondation EDF. Hugues Renson avait été « bluffé par ce mec, son énergie, sa capacité à saisir immédiatement les problèmes ». Son entrée dans la macronie se fait via Benjamin Griveaux, porte-parole du candidat, et Stéphane Séjourné, conseiller chargé des relations avec les élus. Au salon de l’agriculture le 10 décembre 2016, Hugues Renson accompagne Emmanuel Macron.

« Avec mon oeil et mon analyse de chiraquien, j’ai senti qu’il se passait quelque chose », raconte-t-il.

Le visage d’Hugues Renson apparaît pour la première fois à la télévision le 6 avril, derrière

Emmanuel Macron lors de « L’Emission politique », sur France 2. Ce soir-là, le candidat présente les quatorze premiers candidats investis par En Marche pour les élections législatives.

Hugues Renson se présente dans le XVe arrondissement de Paris, où il a toujours vécu. Son nom était quelque peu connu localement puisque sa mère, Cécile Renson, médecin, était élue du même arrondissement. Il vient défier un autre chiraquien devenu filloniste, le député sortant Jean-François Lamour.

« Il a débarqué pendant la campagne à l’ombre d’un Président qui a tout emporté sur son passage avec cette forme de pseudo-nouveauté », résume le candidat battu.

Fin juin, le néodéputé a été élu par ses pairs au poste de vice-président de l’Assemblée nationale. Il avait le choix entre plusieurs affiches pour décorer son nouveau bureau. C’est finalement le portrait d’une femme en noir et blanc, barré du slogan « Le savoir c’est le pouvoir », qui trône sur l’un des grands murs blancs. Parmi le peu d’objets qui remplissent la pièce, les mémoires de Jacques Chirac qui lui sont dédicacées. Son positionnement, il le résume ainsi : « Je suis chiraquien dans tout ce que j’ai en moi. Mais dans le monde de 2017, je suis complètement

macroniste. »

Caroline Vigoureux

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