Tenir un cap

De retour d’un voyage d’études à Hong Kong, dans le cadre de mon mandat parlementaire, j’ai découvert ce week-end la multiplication des candidatures aux municipales parisiennes de ces derniers jours.

Que se signalent des volontés de consacrer son énergie à Paris est un signe de vitalité démocratique. Que se multiplient les projets pour Paris est même une bonne nouvelle. Pour autant, je ne peux pas m’empêcher de m’interroger : Pourquoi maintenant ? Pourquoi autant de candidats ? Et pour quoi faire ? C’est notamment ce que j’ai évoqué ce matin sur le plateau des 4 Vérités et dans le JDD de dimanche.

Et si on faisait les choses dans l’ordre ?

L’enjeu politique du moment, c’est la sortie du Grand Débat National. Et ce sont aussi les élections européennes. Parce que le 26 mai, pour l’Europe, et Emmanuel Macron l’a parfaitement exprimé dans sa tribune aux citoyens européens, le choix est entre la renaissance et le déclin. Le funeste exemple du Brexit devrait nous instruire : ce que l’on croyait impossible se réalise parfois, pour le pire. Ne nous laissons endormir ni par les fausses certitudes, ni par les sondages : la bataille européenne sera rude. Elle suppose qu’on s’y consacre pleinement. Une poussée des partis nationalistes au Parlement européen pourrait paralyser l’Europe ou conduire à son éclatement. La poursuite du jeu stérile entre les vieilles forces politiques qui se partagent le pouvoir à Bruxelles risquerait d’entretenir un statu quo dont personne ne veut. Concentrons-nous sur le scrutin du 26 mai. Les Londoniens font l’amère expérience de l’incertitude sur l’avenir et des difficultés économiques que produit un excès de confiance. Parisiens, épargnons-nous cela !

Et si on cherchait à rassembler plutôt qu’à se distinguer ?

Comment ne pas voir dans la multiplication des ambitions municipales le risque de voir Paris devenir ingouvernable ? Du fait de cet éparpillement des forces, du fait du mode de scrutin des élections municipales, une chose est d’ores et déjà certaine : au lendemain des municipales de 2020, aucun parti ne sera en mesure de gouverner seul. Ce sont donc les convergences, les projets collectifs et partagés qu’il faudra rechercher, plutôt que la multiplication des petites phrases, des critiques, des polémiques.

Précipiter la campagne municipale, c’est non seulement risquer de négliger l’échéance européenne du 26 mai, c’est aussi choisir des logiques internes aux partis plutôt que des dynamiques utiles aux Parisiens.

Et si on parlait de la vie des Parisiens ?

Je l’ai déjà exprimé, je me suis engagé dans une démarche exploratoire en vue des élections municipales de 2020 dans notre capitale. Cela m’amène à lire avec grand intérêt les productions des uns et des autres, la restitution des rencontres de terrain menées par les militants de La République En Marche, mais également à multiplier les rencontres de responsables associatifs, acteurs du tissu social, économique, culturel, élus.

Dans les propositions avancées ici ou là pour notre capitale, qui tiennent parfois aussi du concours Lépine, je ne perçois pas de réponse aux deux questions essentielles qui me semblent se poser à Paris : la qualité de la vie d’une part, le coût de la vie de l’autre.

Sur la qualité de la vie, nous avons des constats : sécurité, propreté, déplacements et circulation. Mais force est de reconnaître que les solutions imaginées paraissent jusqu’ici improvisées – y compris certaines décisions municipales tardives, comme sur la police municipale ! – ou peu réalistes.

Et sur le coût de la vie, peu de choses. Or, paradoxalement, c’est sans doute à Paris que les questions de coût de la vie se posent avec le plus d’acuité dans notre pays. C’est même la première cause de fuite des Parisiens. L’un des objectifs essentiels de la municipalité devrait être à mon sens de maîtriser les coûts de la vie à Paris. Je ne suis pas convaincu par les logiques de gratuité catégorielles, qui sont souvent injustes.

Et si nous prenions le temps de réfléchir à un plafonnement, en fonction de leur revenu, de l’ensemble des dépenses en services municipaux et para municipaux bénéficiant aux Parisiens ? Et si nous redéfinissions le mode de calcul du quotient familial qui sert à déterminer le tarif des crèches, des cantines, des équipements sportifs… ? Déduisons des revenus pris en compte pour ce calcul les dépenses de logement : il y a à Paris des foyers pour lesquels elles représentent 40, 50% du revenu, parfois plus ! C’est une spécificité parisienne qu’on ne retrouve quasiment nulle part ailleurs en France.

A celles et ceux qui m’interrogent sur une éventuelle candidature municipale, je réponds donc que cette question n’a de sens que si elle s’inscrit dans un calendrier politique, que si elle est l’aboutissement d’une réflexion et non un préalable et que si elle contribue à rassembler au-delà des frontières partisanes.

Pour ma part, je resterai donc fidèle à mon calendrier, à une méthode, et à la philosophie qui a toujours été la mienne. Et je me déterminerai sur ma candidature aux municipales parisiennes au lendemain des élections européennes.

Chaque chose en son temps. Rassembler plutôt que se distinguer. Réfléchir à des projets réalistes et concrets. Tout le reste est gesticulation.

 

Hugues Renson