Madame, Monsieur,

Voici plus d’un an qu’un virus inattendu bouscule le cours du monde, désorganise nos économies et nos sociétés, bouleverse nos vies.

Cette épidémie est en premier lieu une leçon d’humilité : face à une situation imprévisible, ici, services de l’État, mairie de Paris, mairie d’arrondissement imaginent des parades pour limiter la progression du virus, venir en aide aux malades, à leurs proches, mais aussi accompagner les victimes économiques de la pandémie.

Dans cette lutte, des dispositifs utiles et efficaces sont mis en œuvre, quoi qu’il en coûte.

Il arrive que des désaccords surviennent entre l’État et les collectivités, ou entre familles politiques. Dès lors qu’elles traduisent des volontés sincères d’apporter des réponses à des questions inédites, ces différences sont normales et saines.

Parce que notre démocratie ne doit pas être à la merci d’un virus.

C’est par le débat démocratique que nous pourrons tirer les leçons de ce moment de notre histoire collective, qui a démontré la force de notre système social, mais aussi révélé nos faiblesses et des dysfonctionnements.

Sur le sous-investissement dans l’hôpital, sur la fragilité de la situation sociale des étudiants, sur la nécessaire coopération entre collectivités locales et l’État, sur les inégalités, le Parlement a commencé à apporter des réponses.

Ma conviction est qu’il faudra aller plus loin : bien sûr nous devons, aujourd’hui soigner et protéger, mais il conviendra demain de réparer et nous préparer. Réparer les dégâts sociaux de la crise, préparer notre réponse à de futures crises : c’est vrai pour les crises imprévues, comme celle que nous traversons, c’est vrai pour la crise dont nous ne vivons que les prémices mais que nous savons inéluctable : la crise climatique.

Sur de tels enjeux, personne ne peut prétendre porter à lui seul les réponses : Nous n’y parviendrons qu’ensemble.

Et il y a des raisons d’y croire, parce que la deuxième leçon de la pandémie est une leçon d’humanité. C’est ensemble que nous tenons, surmontons les difficultés, franchissons périodes de confinement, de couvre-feu… Au cœur de cette épidémie, une responsabilité collective se révèle. Des solidarités directes naissent entre voisins, entre collègues de travail, entre commerçants, entre générations. Des solidarités solides se déploient, au travers du travail des associations.

C’est aussi cette réalité que nous avons voulu illustrer au travers des portraits d’habitants du 15e que vous découvrirez ci-dessous. Ces portraits nous disent beaucoup de ce que nous vivons, mais aussi surtout de ce que nous sommes et de ce que nous avons en commun.

Raoul, pharmacien philosophe

En un an, Raoul a vécu l’accélération des connaissances sur le virus et des outils déployés pour le combattre. Avec, à chaque étape, le même sentiment de frustration : « on nous a demandé des masques quand on n’en avait pas, puis des tests pas encore disponibles et aujourd’hui des vaccins en production », sourit-il, un brin philosophe.

Du confinement du printemps 2020, il dit que « le plus dur à gérer était le décalage entre l’information qui était dispensée par les médias, très rapide, et celle que les officines recevaient, beaucoup plus lentement. » Aujourd’hui, il estime que « le plus difficile, c’est de devoir gérer la lenteur de la vaccination. »

Les gens attendent beaucoup de leur pharmacien, c’est « très valorisant », mais aussi « très frustrant » : « on ne peut pas piquer tout le monde ! », regrette-t-il. Une lenteur pas seulement due au nombre de doses disponibles : « ce qui nous manque le plus cruellement, c’est le temps, et le personnel ».

S’il comprend l’impatience et regrette les lourdeurs administratives, il rappelle toutefois qu’« on ne réalise pas toujours la beauté de notre système : ici, pas besoin de débourser 33 € pour un test antigénique ou 90 € pour un PCR en labo. » Sans compter la rapidité de la Science à imaginer des outils utiles à la gestion de la pandémie : « on parle toujours des tests antigéniques, qui sont très utiles pour savoir si on est atteint par le virus, mais il y a aussi les tests sérologiques qui permettent, en pharmacie, de détecter si, après avoir été touché, on est encore protégé par des anticorps ».

Face au virus, le pharmacien cumule les métiers : pour les personnes qui vivent mal la solitude et les contraintes sanitaires (« de plus en plus nombreuses, il suffit de voir les prescription d’anxiolytiques »), il est l’oreille attentive, disponible en permanence, « presque un psy ». Mais pour respecter un process de traçabilité des vaccinations extrêmement lourd imposé par la Sécurité Sociale, il se mue également en opérateur de bases de données informatiques. SI cela ne suffisait pas, il joue aussi les logisticiens en gérant, outre celles de son officine, les commandes de vaccins des médecins du quartier.

Une polyvalence qui trouve ses limites : « Je fais du 8 h – 22 h, 7 jours sur 7 », explique-t-il. Son repos hebdomadaire, il le passe à vacciner (« compter 30 minutes par personne, formalités administratives comprises »).

Quand il regarde l’avenir, Raoul place ses espoirs dans des vaccinodromes, avec du personnel gérant la procédure administrative, et des personnels de santé exclusivement dédiés à l’acte vaccinal. « En mobilisant tout le monde, on peut y arriver, mais ce sera long », estime-t-il, prophétisant même que « ce n’est que dans un an qu’on sera vraiment sortis de tout ça ».

« Parce que dans la course à l’immunité, il faudra compter sur la nécessité de rouvrir des activités aujourd’hui fermées mais qu’on ne pourra pas maintenir indéfiniment sous perfusion financière, parce que le virus circule encore, des entreprises aux familles, des familles aux entreprises, et parce que vacciner, cela prend du temps ».

Margaux et Antoine, restaurateurs déterminés

Un bel emplacement sur une place agréable, à deux pas du marché Convention, une terrasse baignée de soleil aux beaux jours, une salle accueillante : quand ils se sont installés dans leur Brasserie, en janvier 2018, Margaux et Antoine voyaient l’avenir avec confiance. Professionnels de la restauration, ils ouvraient leur première affaire « à eux » : une aventure économique mais aussi un projet de couple, une affaire de famille. Une opportunité de prendre leur avenir en mains.

Clients du quartier devenus habitués de la pause amicale ou familiale autour d’une bonne pizza, clients de passage dans un quartier animé : l’activité des deux premières années est soutenue, conforme aux espoirs, portée par une philosophie que leur avait inculquée un de leurs conseils : « toujours faire comme si on était en galère. Parce qu’on n’est jamais à l’abri des coups durs ».

Sage ligne de conduite : car début 2020, sous la forme d’un virus venu du bout du monde, le coup dur intervient, et avec lui, le premier confinement. Les 13 salariés basculent dans le chômage partiel, mais la taille de l’entreprise ne lui permet pas de bénéficier de l’aide d’État : trop de chiffre d’affaires, trop de salariés. On vit uniquement sur la trésorerie pour faire face aux charges qui, elles, continuent de « tomber » : URSAFF, loyer, électricité… Le click and collect, auquel de nombreux commerçants se convertissent ? Pas encore, se dit le couple. Trop d’incertitudes sur les comportements de la clientèle d’habitués, enfermée dans ses appartements. Alors, on se replie sur la petite maison de banlieue, avec les deux enfants. On prend du temps pour soi, et on s’interroge : « les clients reviendront-ils après le déconfinement » ?

La première vague de l’épidémie passée, en mai, l’établissement rouvre ses portes, et Margaux décrit une ambiance digne d’une libération. « On était heureux de repartir, l’équipe de salariés heureuse de se retrouver, et les clients étaient au rendez-vous ». Des semaines d’activité intense, une terrasse éphémère pleine à craquer (« même sous l’orage, les clients tentaient de s’y installer »), on va même jusqu’à embaucher pour faire face au rush.

Puis vient l’automne, et l’épidémie repart à la hausse. Un deuxième confinement s’impose, et une nouvelle fermeture. Les salariés retournent chez eux, au chômage partiel. Les patrons, eux, décident de rester et de faire de la vente à emporter. « On avait tiré les leçons du premier confinement : on ne voulait pas rester à la maison, on voulait conserver un lien avec les habitués. » Pizzas à emporter, café servi en extérieur… L’activité est considérablement réduite, mais elle perdure. Les règles de l’aide d’État ont changé : désormais, le fonds de solidarité permet de faire face aux charges fixes. La défiscalisation des remises de loyer consenties les bailleurs permet d’effacer un mois de loyer. C’est toujours ça de gagné. Les seuls à ne pas se verser de salaire, ce sont les patrons. Mais paradoxalement, ils sont aussi ceux qui semblent le moins souffrir de la situation « les salariés s’inquiètent. Ils n’ont plus d’activité. Même s’ils bénéficient du chômage partiel, ils nous disent qu’ils ont peur de perdre la main, ou de perdre le rythme. On essaie de les rassurer en leur disant que le travail, c’est comme le vélo. Quand on a appris, on n’oublie jamais. Mais on mesure notre chance : nous, au moins, on est là, occupés. »

Plus que les difficultés financières (« il ne faudrait tout de même pas que ça dure trop longtemps, car sinon nous serions obligés de conclure un prêt garanti par l’État, ce que nous avons évité jusqu’ici pour ne pas repartir avec un boulet aux pieds »), c’est l’incertitude qui pèse le plus : « Quand on prend une affaire, explique Margaux, on prend le risque de l’échec. Mais d’une certaine manière, on prend aussi son destin en mains. Si ça marche, c’est gratifiant. SI ça échoue, on en est responsables. Là, on est dans une autre dimension, dépendants d’un virus face auquel on ne peut rien ».

Alors on espère. Pour sortir de la mauvaise passe, Antoine mise sur deux atouts : le soleil et les vaccins. Quand les clients seront vaccinés, les activités commerciales pourront reprendre. Et les beaux jours feront le reste.

Margaux rêve de fête et d’éclats de rire en terrasse, en posant la main sur son ventre arrondi : dans quelques semaines, la famille accueillera un troisième enfant. Pour le couple, cette naissance devait être synonyme d’une nouvelle organisation, avec plus de temps à la maison pour s’occuper de la fratrie. Il en ira autrement, mais on s’organisera, pour mener de front projet familial et projet professionnel. Avec, toujours, la même détermination à prendre son destin en mains.

Andrew, le virus de la solidarité

L’accent est à l’image de la sérénité du personnage : résolument british. Andrew est responsable de l’antenne parisienne de l’association Depaul, créée en 2012 avec le soutien de nombreux acteurs locaux. « Accompagner les personnes sans abri, par des services d’hygiène et de santé et socialement » : derrière les mots, il y a du concret, de l’essentiel même. Le petit déjeuner, organisé grâce aux baguettes solidaires des boulangeries du quartier, l’accès à des douches et à des produits d’hygiène, la mise à disposition de machines à laver, les consultations médicales, l’aide aux formalités administratives. Et même un coiffeur qui officie sur son temps de repos.

La mécanique, huilée, est bouleversée par le COVID : « En mars 2020, on avait 42 bénévoles, principalement retraités qui ont dû se retirer : on s’est retrouvés à 4. On a fermé une semaine. Puis réouvert, pour les douches. Ensuite pour les lessives. Le beau temps revenu, on a remis des tables dans la cour pour le petit déjeuner. » La reprise de l’activité ne doit rien au hasard : « Dans une année normale, on a 40 à 45 bénévoles, l’année dernière 112. C’était très touchant, assez impressionnant. »

Pour autant, tout n’est pas rose : si l’association ne déplore qu’un cas de covid parmi ses accueillis, Andrew a une explication : « la solitude ». « La distanciation sociale, c’est leur vie ». Et la multiplication des violences à l’encontre, comme entre les personnes sans abri, la dégradation de la santé mentale, sont des facteurs d’inquiétude. Sans compter que, les services publics étant en télétravail, l’ouverture de droits est souvent ralentie.

Prochaine étape, la vaccination : « Il faudra convaincre. On a un public à l’image de la société : des adeptes des théories du complot et ceux qui comprennent qu’il faut faire attention. » Les mots sont pesés, les sujets graves. Mais au-dessus du masque, on perçoit le regard souriant, volontaire, confiant.

Cyril, papa plein de vie(s)

Père de trois enfants, Cyril avait appris à être tour à tour conjoint, père, salarié, consommateur. Depuis un an, les frontières s’effacent : il lui faut désormais assumer tout cela en même temps.

Au printemps 2020, il a fallu faire école à la maison, surveiller un bébé, télétravailler, organiser les courses. De quoi imposer un nouvel équilibre dans la famille, en associant tout le monde : « quand nous travaillions, les deux grands ont aussi appris à s’occuper du plus petit. » Une période ponctuée également de bons moments : les sorties quotidiennes d’une heure, enfants sur rollers ou trottinettes, les parties de Mario Kart disputées à quatre, le rite des repas préparés et pris tous ensemble, les fenêtres ouvertes sur le boulevard débarrassé du bruit et de la pollution automobiles… De cette période, de nouvelles habitudes perdurent, notamment les courses commandées sur internet et livrées à domicile : « ça nous laisse plus de temps à partager ».

En novembre, la société de Cyril bascule en télétravail intégral : « ma femme de retour à son cabinet d’avocats, les enfants à l’école, je me suis retrouvé seul à la maison ». Il faut s’imposer une discipline. « En mars dernier, les amplitudes horaires s’étaient étendues : je me connectais plus tôt, je déconnectais plus tard. Là, il faut veiller à fixer des bornes, sinon, on perd le contrôle de sa vie ».

Le nouveau confinement ne semble pas inquiéter Cyril : il faut dire que la famille a une nouvelle perspective. Dans quelques mois, elle quittera Paris, pour un logement plus grand, « avec un extérieur ». Cyril espère avoir alors retrouvé le travail en présentiel. Il sourit à cette perspective de grand air et de vies mieux compartimentées : pour la famille, l’après-virus sera également le début d’une nouvelle vie.

Earwin, étudiant qui doute

Ne dites pas Earwin qu’il ferait partie d’une génération sacrifiée : cet étudiant en 3ème année de Droit à Assas est au contraire convaincu que l’expérience de l’épidémie, parce qu’elle aura contraint sa génération à développer un sens de l’adaptation important, constituera un atout pour affronter les aléas de la vie.

Pour autant, ne dites pas à Earwin qu’il ferait partie d’une génération de la facilité : tout, dans son parcours comme dans les bouleversements que le COVID a apporté au cours de sa vie, démontre que le jeune homme doit puiser dans ses ressources pour surmonter les difficultés.

L’étudiant d’aujourd’hui, rencontré à la bibliothèque de son quartier n’oublie pas le collégien qu’il fut, et qui, grâce à des résultats scolaires brillants, a pu intégrer un lycée parisien dans le cadre d’un programme d’excellence. Un « choc de niveau » pour le gamin d’Aubervilliers contraint, un an après son arrivée dans son lycée du 10ème arrondissement, de déménager avec sa mère fraichement divorcée dans le deux-pièces du 15ème qu’ils se partagent encore aujourd’hui.

Quand le premier confinement est décrété, au printemps 2020, le jeune homme fait le choix de la mise au vert : il s’installera pour le printemps chez des amis de sa famille, au Mans. Tous les cours sont dispensés à distance, de nouvelles méthodes de travail s’imposent – mais le résultat est au bout. Et c’est sa deuxième année validée que le jeune homme retrouve Paris pour l’été, sa salle de sport, son job estival habituel – qui lui permet, en sus de sa bourse, de financer ses études.

À la rentrée universitaire, l’épidémie s’emballe, et très vite, le deuxième confinement vient perturber tous les plans. Finies les séances de sport et les sorties entre amis, et surtout, découverte d’un agenda universitaire beaucoup plus erratique, alternant, dans la même semaine et parfois dans la même journée, cours magistraux à distance, et TD en demi-groupes en présentiel, « dans le respect permanent des gestes barrières, car on goûte au plaisir d’une présence physique en cours ». Finalement, c’est beau, un amphi… Surtout quand, à l’issue du cours, pour égayer l’auditoire et entretenir la flamme culturelle, un prof invite à chaque séance un élève musicien qui fait profiter de son talent ses camarades présents et ceux qui suivent par écran interposés.

À la maison, on télétravaille à deux, et on découvre de nouvelles manières d’échanger avec sa mère elle aussi devant son ordinateur. Elle partage des questions sur telle ou telle formulation dans un mail, il récite ses cours à haute voix. Quand le besoin d’espace se fait sentir, que l’autodiscipline ne suffit plus, la tentation de Netflix et du lit ou du canapé devenant trop forte, cap sur la bibliothèque : téléphone en mode muet, barre chocolatée à portée de main, ordinateur et livres ouverts, ce sont de nouvelles habitudes qui se créent – productives, à en croire les résultats favorables des partiels.

Pour combler le vide des relations sociales limitées par les contraintes sanitaires, Earwin s’engage plus que jamais dans une association dont il est membre, qui gère une page Facebook destinée aux étudiants et compte plus de 9000 abonnés. Mise en place d’un espace numérique qui permet aux associations du campus de tenir des salons de discussion avec leurs membres, mais aussi ouverture d’un salon collectif, où se jouent parties acharnées de Uno en ligne et autres jeux de société… On apprend à rester proches, même éloignés. Et Earwin a conscience de la chance d’étudier dans une université qui a multiplié les initiatives pour accompagner ses étudiants en souffrance : accès à un psychologue, ateliers santé axés sur le sport, sur la relaxation.

Au quotidien, le repas à un euro, auquel l’étudiant boursier avait déjà droit avant le second confinement, est d’autant plus apprécié qu’il n’est plus limité au seul déjeuner et que la formule initiale (sandwich – boisson – yaourt) s’enrichit d’une formule avec plat chaud.

Même s’il regrette sa salle de sport, s’il reconnaît que l’organisation sans cesse changeante de ses conditions d’études est fatigante, s’il a hâte de pouvoir retrouver les soirées d’étudiants, les week-ends et les repas entre amis, le principal motif d’inquiétude d’Earwin, c’est son avenir professionnel.

Les diplômes obtenus à distance ne seront-ils pas dévalorisés aux yeux des employeurs ? Quid des procédures de sélection pour les Master qu’il rêve d’intégrer, alors que les stages qui permettent d’enrichir un dossier de candidature sont aujourd’hui quasi-impossible à décrocher ? Quels critères prévaudront aux yeux des universités ?

Le temps du virus est aussi celui des doutes, y compris sur la profession vers laquelle il s’orientera. Son objectif initial demeure : avocat spécialisé en droit des affaires. Mais ces dernières semaines (et le souvenir prégnant du prof de Sciences éco qui, au lycée, quand c’était difficile, lui a appris à s’accrocher et à cultiver sa détermination) dessinent une autre piste dans son esprit. Il la livre en souriant : « enseigner », et avec une explication pleine d’assurance : « parce que je crois que notre génération aura aussi beaucoup à transmettre de cette expérience difficile ».

Claire, mamie gâtée

En mars 2020, Claire et son mari visitent leur fille, au Brésil. Retour précipité sur un des derniers vols d’Air France, et atterrissage… la veille du premier confinement.

Les retraités se claquemurent dans leur appartement parisien, tandis que leurs petites filles rejoignent la maison de campagne familiale, dans un hameau normand. Au bout de quelques semaines, n’y tenant plus, les grands-parents mettent le cap sur la campagne : on s’installe en respectant gestes barrière et distanciation sociale. « On avait deux tables, à chaque bout de la terrasse. On ne s’approchait pas, on n’avait pas de masques ».

Le déconfinement décrété, la tribu se disperse. Le couple regagne Paris et retourne à la campagne pour la Toussaint : ancienne infirmière, Claire y vaccine contre la grippe, chaque année.
Le deuxième confinement signe le retour à Paris. Les petites filles étudiantes, dans de petits logements, vivent difficilement les cours exclusivement à distance. Elles passent régulièrement chez les grands parents « avec le masque, toujours, mon mari veille ! » sourit Claire.

Pour s’assurer que les petites se nourrissent correctement, Claire se remet à confectionner des conserves en bocaux. Pendant ce temps, son mari tente vainement de décrocher leurs rendez-vous de vaccination sur internet. C’est du pharmacien du quartier que vient finalement la délivrance, grâce aux « fonds de bouteilles », injectés avant la fermeture. « On ne se plaint pas, on est dans les gâtés de la Terre. »

A la veille de Pâques, les retraités font leurs bagages : leur fille et leur gendre reviennent du Brésil, avec leur fille cadette. La famille vivra désormais à la campagne, en attendant le retour à la vie normale.

Quand on lui demande ce que cela signifiera pour elle, Claire sourit : « J’aime faire la cuisine, mais j’en suis saturée. Mes petites filles attendent avec impatience la réouverture des bars, moi je rêve d’aller au restaurant ! »

Notre pays traverse une crise sanitaire sans précédent depuis maintenant plusieurs mois. Bien que la reprise d’activité soit encourageante, l’État continue de soutenir les entreprises dont l’activité reste fortement impactée par celle-ci à travers des mesures d’urgence et des mesures de relance.

Pour faire face à l’épidémie de la Covid-19, le Gouvernement a mis en place dès le début de la crise des mesures inédites et massives pour protéger les salariés et les entreprises, ainsi que pour soutenir les secteurs les plus durement touchés par la crise : fonds de solidarité, prêt garanti par l’État, exonération des cotisations sociales, appui au traitement d’un conflit en entreprise, reports des cotisations ou encore activité partielle. Ces dispositifs d’urgence ont été maintenus et renforcés.

 

100 milliards pour bâtir la France de 2030

Si les dispositifs de soutien économique sont efficaces dans une perspective de court terme, la préparation de l’après crise a nécessité la mise en œuvre de mesures plus structurelles. C’est dans ce contexte qu’un plan de relance massif et ambitieux a été mis en place. L’objectif était double : éviter que certaines entreprises ne subissent de plein fouet la fin progressive des aides en sortie de crise mais également redresser rapidement et durablement l’économie Française.

Doté de 100 milliards d’euros sur la période 2020-2022, soit 1/3 du budget annuel de l’État, ce plan de relance est à la hauteur des enjeux : retrouver d’ici 2 ans notre niveau de richesse d’avant crise et bâtir la France de 2030.

Il comprend des mesures concrètes à destination de tous les Français, tous les travailleurs, tous les chefs d’entreprises et tous les territoires, avec une priorité absolue : le soutien de l’emploi, en particulier des jeunes.

Il se décline en 3 volets :

  • 30 milliards d’euros dédiés à la transition écologique : il s’agit d’accélérer la conversion écologique de l’économie française pour qu’elle soit plus durable et plus économe de nos ressources naturelles et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
  • 34 milliards d’euros dédiés à la compétitivité : il s’agit de favoriser le développement d’activité à forte valeur ajoutée en France pour renforcer la compétitivité de l’économie française et créer des emplois.
  • 36 milliards d’euros dédiés à la cohésion : pour éviter la hausse des inégalités en France en raison de l’impact économique de la crise, la relance doit aussi être une relance sociale et territoriale avec une attention particulière pour aux jeunes particulièrement fragilisés par la crise.

 

Le plan de relance dans le 15e

En Île-de-France, 746 M€ ont d’ores et déjà été alloués au titre du plan de relance :

  • Rénovation thermique des bâtiments publics (613,5M€ en Ile-de-France dont 237,8M€ à Paris) ;
  • Dotation de soutien à l’investissement local (55,7M€) ;
  • Fonds de soutien au secteur industriel (60M€) ;
  • Fonds exceptionnel de soutien aux acteurs du réemploi et du recyclage (1,46M€) ;
  • Fonds de soutien aux librairies et maisons d’édition (5,25M€) et aux cinémas (10,2M€).

Dans le 15e arrondissement, 300 000 euros ont été alloués au secteur culturel, notamment pour nos librairies (L’art de la Joie, Le Divan, L’écailler, L’Emile) et nos cinémas (Gaumont Convention et Gaumont Aquaboulevard).

Par ailleurs, sur les 613,5M€ alloués à des projets de rénovation énergétique des bâtiments de l’Etat en Ile-de-France, deux sont situés dans le 15e : la rénovation du centre Vaugirard 1 de l’Université Paris (2,5M€) et celle du site multi-occupants de la rue Miollis.