Le Figaro – “L’article 24 ne doit pas devenir notre CPE, ni notre déchéance de nationalité” [Interview] 27/11/20

Le vice-président de l’Assemblée estime qu’il ne faut pas « s’obstiner » quand une « mesure suscite autant de résistance ». Il prévient Gérald Darmanin : « On peut faire preuve d’autorité sans hystériser le débat ».

Par Tristan Quinault-Maupoil

27/11/2020

Ancien conseiller de Jacques Chirac, Hugues Renson est député LREM de Paris, vice-président de l’Assemblée nationale et cofondateur d’En commun !, le parti de la ministre Barbara Pompili.

LE FIGARO. – L’article 24 de la proposition de loi Sécurité globale n’en finit pas de provoquer la controverse. Le gouvernement propose une commission pour le réécrire. Est-ce la bonne méthode ?

HUGUES RENSON. – On se retrouve dans une situation ubuesque. Le texte de loi sur la Sécurité globale était au départ une initiative parlementaire. Le gouvernement y a ajouté des dispositions controversées qui continuent de susciter une très forte incompréhension et de vives résistances. En une semaine, le gouvernement a déjà proposé de le réécrire deux fois. C’est bien qu’il y a un problème ! Mais dans une démocratie, le débat autour de l’écriture de la loi ne peut avoir lieu qu’au Parlement. Pourquoi une commission administrative viendrait-elle contourner les représentants du peuple ? Sa mise en place par le gouvernement, alors même que le texte est toujours en discussion parlementaire, est choquante.

L’article 24 provoque des craintes et une importante crispation, faut-il le conserver ?

L’article 24 laisse penser que l’on ne peut plus filmer la police. Le texte ne le dit pas mais c’est ainsi qu’il est perçu. Or, la diffusion des images est essentielle pour connaître la vérité des faits. On l’a encore constaté avec les vidéos des violences infâmes des derniers jours. L’expérience en politique, c’est important. Elle éclaire. Je me souviens des débats autour du Contrat première embauche (CPE). À l’époque, l’intention de la réforme était probablement bonne mais elle était mal ficelée, trop rapidement discutée et avait provoqué une forte opposition. Pour ne pas revenir dessus, par posture voire par fierté, on avait inventé alors des mécaniques rocambolesques. Pour à la fin, abandonner. Quand une mesure suscite autant de résistance, il est parfois préférable d’y renoncer plutôt que de s’obstiner. L’article 24 ne doit pas devenir notre CPE, ni notre déchéance de nationalité !

Les images d’une nouvelle bavure policière sidèrent l’opinion. Une réforme de l’IGPN est-elle souhaitable ?

Chacun est révolté par ce déferlement de violence inouï. Je salue évidemment la décision du ministre de l’Intérieur de suspendre les policiers concernés – qui font injure à la promesse républicaine – et de saisir l’IGPN. Mais on ne peut ignorer que l’accumulation de ce type d’incidents crée, à la longue, une crise grave de confiance. Avec la dispersion brutale du rassemblement place de la République, où des migrants en situation de grande vulnérabilité ont été violentés, les coups portés à un journaliste à terre, et le tabassage en règle de Michel Zecler, les derniers jours ont été particulièrement choquants. Il nous faut un meilleur dispositif pour garantir, à la fois, le respect de l’autorité, la protection des agents publics et celle des libertés fondamentales. Avec « En Commun ! » je propose la création d’un corps d’inspection rattaché au Défenseur des droits qui serait composé de policiers, de juristes, de magistrats et des spécialistes de la déontologie. Le Défenseur des droits est une institution dans laquelle les gens ont une confiance totale Elle est indépendante et a montré son efficacité dans la défense des libertés. Renforçons son rôle, ses moyens ainsi que son périmètre d’intervention.

Des associations et des élus de l’opposition cernent un tournant sécuritaire en cette dernière partie de quinquennat. Partagez-vous ce constat ?

Il n’y a pas de fermeté efficace sans humanité, sans respect de la dignité humaine et de nos libertés fondamentales. C’est un exercice compliqué, a fortiori dans une période de crise où les états d’exception se succèdent, l’état d’urgence sanitaire faisant suite à l’état d’urgence contre le terrorisme. Mais l’exception ne doit pas devenir la règle. Rien n’est plus important que de préserver l’État de droit, le bras armé de notre démocratie.

La méthode du ministre de l’Intérieur est-elle adaptée ?

Sa tâche est éminemment difficile. Il doit bien sûr défendre les forces de sécurité sous sa responsabilité. Mais il doit aussi être le garant du pacte de confiance entre la population et les forces de l’ordre. C’est une priorité. Nous sommes à un moment grave de la vie du pays, où la cohésion nationale est menacée. Favorisons tout ce qui nous rassemble. On peut faire preuve d’autorité sans hystériser le débat. On peut faire preuve de fermeté dans la sérénité et l’apaisement. On peut défendre nos forces de l’ordre sans remettre en cause des libertés fondamentales. Notre pays, comme tous les autres, sortira abîmé par la crise sanitaire et ses conséquences. L’enjeu, c’est d’être unis et de rassembler toutes nos forces pour le réparer.